Les violences et incidents visant les médecins continuent de progresser en France. En 2024, 1 992 incidents ont été signalés au Conseil national de l’Ordre des médecins, soit une hausse de 26 % en un an. Dans le même temps, le secteur de la santé reste particulièrement exposé aux cyberattaques : 749 incidents numériques ont été recensés en 2024 par le CERT Santé, dont près d’un sur deux d’origine malveillante.
Ces tensions ne concernent pas seulement les cabinets de ville ou les services hospitaliers. Les médecins conseils experts, qui interviennent dans le cadre d’une expertise médicale, sont eux aussi confrontés à des situations parfois difficiles.
Leur rôle est pourtant essentiel. Lors d’une expertise médicale, le médecin conseil expert doit examiner une situation de manière objective et indépendante, notamment dans des dossiers de dommage corporel. Son travail consiste à analyser les éléments médicaux, écouter les différentes parties et rédiger un rapport fondé sur des constats précis.
Dans les dossiers de dommage corporel, les enjeux humains, personnels et financiers peuvent être importants. Cette tension peut parfois générer des incompréhensions ou des comportements agressifs. Or, pour qu’une expertise médicale soit réalisée dans de bonnes conditions, le médecin conseil expert doit pouvoir travailler avec sérénité.
La question dépasse donc la seule protection des professionnels. Si les conditions d’exercice deviennent trop difficiles, certains médecins conseils experts pourraient progressivement renoncer à cette activité déjà exigeante. À terme, cela pourrait entraîner des délais encore plus longs pour obtenir une expertise médicale, davantage de difficultés à trouver un spécialiste disponible et, au final, un impact direct pour les patients concernés par un dossier de dommage corporel.
Les médecins conseils experts manipulent également des données de santé et des documents sensibles. Les risques numériques représentent donc un autre enjeu important pour garantir la confidentialité des informations échangées lors d’une expertise médicale.
Préserver un cadre de travail apaisé et sécurisé ne signifie pas empêcher le dialogue. Cela permet aux médecins conseils experts d’exercer leur mission dans de bonnes conditions, avec l’indépendance et le recul nécessaires, au service du public. Car dans les situations de dommage corporel, chacun a intérêt à pouvoir compter sur une expertise médicale objective, rigoureuse et sereine.
Quelques repères utiles pour les patients avant une expertise médicale
Pour les patients, contribuer à un cadre serein ne signifie pas renoncer à faire entendre leur situation. Au contraire, une expertise médicale bien préparée, fondée sur des documents complets, un récit précis et des échanges respectueux, permet au médecin conseil expert de mieux comprendre les conséquences du dommage corporel et de rédiger un rapport objectif.
• Préparer en amont les documents utiles : comptes rendus médicaux, examens, ordonnances, arrêts de travail, justificatifs de frais ou éléments décrivant les conséquences du dommage corporel dans la vie quotidienne.
• Décrire les difficultés rencontrées de façon concrète et factuelle : douleurs, limitations, conséquences professionnelles, familiales ou sociales.
• Poser des questions en cas d’incompréhension sur le déroulement de l’expertise médicale ou sur les étapes suivantes.
• Maintenir un échange calme et respectueux, même en cas de désaccord. Lorsqu’une contestation existe, des procédures spécifiques peuvent permettre de demander un avis complémentaire.
• Rester vigilant sur la transmission des documents médicaux et des données personnelles, qui doivent être partagés dans des conditions sécurisées.

